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Support de cours · chapitre 2

Vérité, modèles, conséquence

Donner une valeur de vérité à une formule, classer les formules selon qu'elles peuvent être vraies ou le sont toujours, et dire quand une formule découle d'autres.

Interprétations

Donner une valeur aux variables

Une formule n'est ni vraie ni fausse dans l'absolu : $p \land q$ est vraie si $p$ et $q$ le sont. Une interprétation (ou valuation) $v$ donne à chaque variable propositionnelle une valeur : $1$ (vrai) ou $0$ (faux).

La valeur d'une formule se calcule de bas en haut, le long de son arbre, avec les tables des connecteurs.

Les tables des connecteurs

$p$$q$$\lnot p$$p \land q$$p \lor q$$p \to q$$p \leftrightarrow q$$p \oplus q$
00100110
01101101
10001001
11011110

Une seule ligne surprend : $p \to q$ est vraie quand $p$ est fausse, quelle que soit $q$. L'implication ne dit rien de ce qui se passe quand sa condition n'est pas remplie. « S'il pleut, je prends mon parapluie » n'est pas démenti un jour de soleil, que je prenne mon parapluie ou non. La seule façon de la rendre fausse est d'avoir $p$ vraie et $q$ fausse.

La table de vérité d'une formule

Avec $n$ variables, il y a $2^n$ interprétations. La table de vérité d'une formule les passe toutes en revue.

Modèles, validité, satisfiabilité

Définitions

Une interprétation $v$ est un modèle de $A$ si $A$ est vraie dans $v$. On écrit $v \vDash A$. Dans l'exemple ci-dessus, $A$ a un seul modèle.

Une formule est :

  • valide (une tautologie) si toute interprétation en est un modèle. On écrit $\vDash A$. Exemple : $p \lor \lnot p$.
  • satisfiable si elle a au moins un modèle. Exemple : $p \land q$.
  • insatisfiable (une contradiction) si elle n'a aucun modèle. Exemple : $p \land \lnot p$.

Toute formule valide est satisfiable. Une formule satisfiable peut être valide ou non. « Invalide » veut dire « pas valide », ce qui n'est pas « insatisfiable » : $p \land q$ est invalide et satisfiable.

La négation échange les rôles

  • $A$ est valide si et seulement si $\lnot A$ est insatisfiable.
  • $A$ est satisfiable si et seulement si $\lnot A$ n'est pas valide.

En effet, $v$ est un modèle de $A$ exactement quand $v$ n'est pas un modèle de $\lnot A$. Conséquence pratique : pour montrer que $A$ est valide, on peut chercher une interprétation qui la rend fausse. Si la recherche échoue, $A$ est valide.

Conséquence logique

Définition

Soit $\Sigma$ un ensemble de formules (des hypothèses) et $A$ une formule. $A$ est conséquence logique de $\Sigma$, et l'on écrit $\Sigma \vDash A$, si tout modèle de toutes les formules de $\Sigma$ est un modèle de $A$. Autrement dit : chaque fois que les hypothèses sont toutes vraies, la conclusion l'est aussi.

Quand $\Sigma$ est vide, on retrouve $\vDash A$ : $A$ est valide.

Trois propriétés, et leur démonstration

Les démonstrations suivent toutes le même chemin : revenir à la définition, et parler d'interprétations.

Propriété 1. $\Sigma \vDash A \land B$ si et seulement si $\Sigma \vDash A$ et $\Sigma \vDash B$.

Sens direct. Soit $v$ un modèle de $\Sigma$. Comme $\Sigma \vDash A \land B$, $v \vDash A \land B$, donc $v \vDash A$ et $v \vDash B$ par la table de $\land$. Ceci pour tout modèle $v$ de $\Sigma$ : $\Sigma \vDash A$ et $\Sigma \vDash B$.

Réciproque. Soit $v$ un modèle de $\Sigma$. Alors $v \vDash A$ et $v \vDash B$, donc $v \vDash A \land B$. Ainsi $\Sigma \vDash A \land B$.

Propriété 2. $\vDash A \to B$ si et seulement si $A \vDash B$.

Sens direct. Soit $v$ un modèle de $A$. Comme $A \to B$ est valide, $v \vDash A \to B$ ; avec $v \vDash A$, la table de $\to$ donne $v \vDash B$.

Réciproque. Soit $v$ une interprétation quelconque. Si $v \vDash A$, alors $v \vDash B$ par hypothèse, et $A \to B$ est vraie. Sinon $A$ est fausse dans $v$, et $A \to B$ est vraie. Dans les deux cas $v \vDash A \to B$ : elle est valide.

Plus généralement, $\Sigma \cup \{A\} \vDash B$ si et seulement si $\Sigma \vDash A \to B$ (même démonstration). On s'en sert pour faire passer une hypothèse de gauche à droite.

Propriété 3. $\Sigma \vDash A$ si et seulement si $\Sigma \cup \{\lnot A\}$ est insatisfiable.

$\Sigma \cup \{\lnot A\}$ a un modèle exactement quand il existe une interprétation qui rend $\Sigma$ vraie et $A$ fausse, c'est-à-dire quand $\Sigma \not\vDash A$.

C'est le principe du raisonnement par l'absurde, et le point de départ de la résolution (chapitre 5).

Équivalence

Définition

Deux formules $A$ et $B$ sont équivalentes, et l'on écrit $A \equiv B$, si elles ont les mêmes modèles : elles prennent la même valeur dans toute interprétation. Elles disent la même chose.

Propriété 4. $A \equiv B$ si et seulement si $\vDash A \leftrightarrow B$.

$A \leftrightarrow B$ est vraie dans $v$ exactement quand $A$ et $B$ y ont la même valeur. Elle est donc vraie dans toute interprétation exactement quand $A$ et $B$ ont partout la même valeur, c'est-à-dire quand $A \equiv B$.

C'est le lien annoncé au chapitre 1 : $\leftrightarrow$ est un connecteur, $\equiv$ une affirmation sur deux formules, et la seconde revient à dire que la première est valide. De même, $A \vDash B$ revient à dire que $A \to B$ est valide.

Les lois usuelles

Chacune se vérifie par une table de vérité.

NomÉquivalence
Double négation$\lnot\lnot A \equiv A$
Implication$A \to B \equiv \lnot A \lor B$
Contraposée$A \to B \equiv \lnot B \to \lnot A$
Équivalence$A \leftrightarrow B \equiv (A \to B) \land (B \to A)$
De Morgan$\lnot(A \land B) \equiv \lnot A \lor \lnot B$ et $\lnot(A \lor B) \equiv \lnot A \land \lnot B$
Distributivité$A \land (B \lor C) \equiv (A \land B) \lor (A \land C)$ et $A \lor (B \land C) \equiv (A \lor B) \land (A \lor C)$
Absorption$A \lor (A \land B) \equiv A$ et $A \land (A \lor B) \equiv A$
Tiers exclu, contradiction$A \lor \lnot A \equiv \top$ et $A \land \lnot A \equiv \bot$
Neutres$A \land \top \equiv A$ et $A \lor \bot \equiv A$
Commutativité, associativitéde $\land$, de $\lor$ et de $\leftrightarrow$

Le remplacement

Si $B \equiv B'$ et que $B$ apparaît comme sous-formule dans $A$, remplacer $B$ par $B'$ dans $A$ donne une formule équivalente à $A$. C'est ce qui permet de calculer avec les lois, comme on simplifie une expression en algèbre.